L’histoire émouvante de Jérôme

un agriculteur quadragénaire face à la crise

Les difficultés de l’agriculture française sont inscrites depuis des décennies dans notre paysage politique et économique, au point que cela paraît presque normal et banal de l’écrire. Difficultés sociales également comme le démontre la diffusion d’un court-métrage consacré au quotidien de nos paysans.

Au demeurant l’expression « crise agricole » est devenue récurrente au grand dam de tous les acteurs de la filière qui au-delà de problèmes structurels (endettement des exploitations, charges sociales, cours des marchés, etc.) ont aussi à faire face aux effets conjoncturels, en particulier les caprices de la météo et les épidémies sur les cheptels ou les productions. Tous, à un moment ou un autre, se voient concernés, impactés : éleveurs (viande bovine, porcine, volailles, etc.) producteurs (lait, céréales, etc.), vignerons. Pour illustrer cela on ne compte plus le nombre de manifestations agricoles, de faillites d’exploitations, mais beaucoup plus grave encore de suicides d’exploitants (un suicide d’agriculteur tous les deux jours). En 2017 quatre agriculteurs sur 10 considéraient l’année écoulée comme catastrophique, arguant notamment de la faiblesse de leurs revenus et du rôle négatif joué par les banques et les grands groupes de l’agroalimentaire qui oublient leur rôle d’acteurs dont la mission est de soutenir l’activité économique au profit de leurs seuls intérêts financiers. Pour 2018 certains avancent le risque de voir disparaître au cours de l’année de quelques 20 000 exploitations si certaines d’entre elles ne se regroupent pas pour surmonter leurs difficultés. A ce rythme on peut se demander combien il en restera d’ici dix ans.

Se lever tôt, se coucher tard pour quel résultat ?

Le 31 janvier prochain sera présenté en conseil des ministres un projet de loi visant à défendre le monde agricole de la distribution. C’est plus qu’urgent car il y a le feu à la maison. Quelques jours plus tôt le 10 janvier est sorti sur nos écrans un film « Normandie nue » avec François Cluzet, une comédie dramatique sur fond de crise agricole, l’occasion de médiatiser, populariser l’écart grandissant entre la vie des villes et la vie des champs, le niveau de vie des citadins et celui du monde rural. Comment en effet se satisfaire d’une situation qui à en croire la Mutualité Sociale Agricole (MSA) voit un tiers des agriculteurs vivre avec moins de 350 euros par mois. On est loin du SMIC. Pauvreté, surendettement, tel est le quotidien d’un monde paysan soumis aux pressions et vexations de banques et de créanciers comme les compagnies d’assurance et certaines coopératives qui sont pourtant des outils créés par les agriculteurs eux-mêmes voici plusieurs décennies quand ce n’est pas EDF à qui il arrive de couper l’électricité entraînant chez les intéressés des résultats catastrophiques. Heureusement que face à une telle situation ceux-ci trouvent encore une écoute bienveillante auprès de certains entrepreneurs agricoles et de vétérinaires conscients de la dure réalité du monde paysan. On ne compte plus en effet le nombre de vies qui ont basculé en raison des difficultés économiques d’un milieu agricole qui faut-il le rappeler à vocation à nourrir les français mais joue également un rôle important au niveau de l’exportation et donc de notre balance commerciale. La récente visite d’Emmanuel Macron en Chine l’a encore prouvé et démontré s’il était besoin l’excellence du « Made in France » agricole et viticole.

« C’est papa qui décide », un film émouvant

Le film que nous vous présentons aujourd’hui illustre bien cette situation. Il a été réalisé par Solidarité 72 et le Civam agriculture durable 72 et concerne les producteurs laitiers. Ce film de 10 minutes à nécessité vingt heures de tournage dans la région de Volnay. L’histoire de « C’est papa qui décide » est celle de Jérôme un producteur quadragénaire, marié et père d’une petite fille qui n’arrive plus à s’en sortir financièrement à cause d’un mode de production trop onéreux. Après s’être enfermé dans le silence et la solitude il sortira la tête hors de l’eau grâce à la solidarité d’autres agriculteurs. Un film émouvant, aux accents parfois tragiques, qui fait songer que Zola n’est pas que présent dans nos mémoires mais est encore très actuel dans notre existence au 21ème siècle, ce qui est loin d’être rassurant.

Jean-Yves Duval

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